Actualités de l'Association Laurence Fritz
Rencontre : 16 novembre 2005

ARTICLE :
Fondatrice en mai 2002 de l'association « Laurence-Fritz », suite au décès accidentel de sa fille en 2001,
« Personnes » : « Ce sont neuf lettres qui changent tout. Pour ceux qui restent, réduire l'être disparu à un simple chiffre, c'est intolérable », accuse ainsi
Souffrance et solitude
« Avec cette formulation atroce, on se dit "pourvu que cette année, ce ne soit pas moi", rebondit la vice-présidente de l'ALF et de l'AIVAR,
« Les premiers mots que l'on entend restent gravés à vie... L'accueil à la gendarmerie est aussi fondamental, car on se retrouve dans un état où l'on n'existe plus, on est transparent ». S'ensuivent neuf mois de cauchemars, jours et nuits, dans l'attente du procès-verbal de l'enquête, « pour découvrir qu'ils n'ont même pas eu la rigueur d'écrire le nom de ma fille correctement ».
Des groupes libres
et ouverts
A ces problèmes administratifs, s'ajoute le désengagement de certains proches. « Combien de fois on entend "il serait peut-être temps que tu fasses ton deuil" (...) ; "bon, il faut passer à autre chose", regrette-t-elle. Ce sont les propos de gens qui ne sont pas passés par là. Souvent c'est par maladresse, mais ce n'est pas que cela : la souffrance d'autrui dérange, la mort dérange ».
A travers les actions de l'ALF,
Elle a alors décidé, avec les autres membres de l'association, de créer une petite soeur à l'ALF. L'AIVAR est née il y a un an pour permettre à toutes ces victimes de se retrouver - sans devenir membres de l'association, pour plus de liberté - dans des groupes de paroles pour échanger, discuter, en présence d'un juriste et d'un psychologue. Depuis un an, une trentaine de personnes se retrouvent ainsi une fois par mois. « On est un peu devenu une famille, on attend la réunion suivante et on apprécie d'accueillir d'autres personnes. Il n'y a pas de mouchoirs au milieu de la table, on partage aussi des fous rires, c'est la vie qui continue ».
« On est obligé de
vivre avec »
En regardant cette femme meurtrie, on ne peut s'empêcher de penser : « Quel courage, n'oublie-t-elle pas de penser à elle à force de s'engager ? ». « Je ne me pose pas la question, je me dis que mon vécu peut peut-être apporter un peu d'humanité et de chaleur humaine, confie Monique. De toute façon, c'est quelque chose de présent dans ma vie, autant le mettre au service des autres, même si je préférerais de loin être présidente d'une association de pêche ! C'est un sujet lourd, mais important, au coeur de notre vie à tous. On ne s'en sort pas, on est obligé de vivre avec ».
Barbara Romero