Actualités de l'Association Laurence Fritz
Pierre ANSAY dans « Le désir automobile » se réfère au concept de « fait social total» créé par lanthropologue Marcel Mauss, et considère que lautomobile lie entre eux les usagers, les producteurs, les publicistes et les hommes politiques dans un consensus massif.
La voiture, fait social, total et permanent ?
La voiture serait donc, dans un monde où les marqueurs identitaires sont exposés à des changements aléatoires et brutaux, une référence permanente, et paradoxalement un des facteurs de déstabilisation puisque participant significativement à la frénésie des mobilités diverses
La voiture, phénomène social qui mobilise la totalité de notre société, lui tend le miroir dans lequel elle peut se représenter elle-même, dans ses désirs autant que dans leur réalisation concrète. Objet dinvestissements divers, elle est dans nos têtes, dans nos corps, dans notre espace de vie.
Symbole autant que présence réelle, accueillie au plus profond de nous ou rejetée avec violence, la voiture, selon P. ANSAY, nous représente tous.
Voiture et économie.
Le parc automobile mondial a été multiplié par 9 depuis 40 ans, par 2 depuis 1973
Ce nest plus un bien distinctif réservé aux classes dominantes, mais un signe et un vecteur dintégration sociale.
Elle génèrerait donc une « économie mixte » : lentreprise vend dans un contexte de concurrence féroce, le particulier achète et conduit, les Pouvoirs Publics fournissent linfrastructure et la régulation.
Dans un pays comme la France, toute mesure politique visant à relancer la consommation et lutter contre le chômage comprend un volet « voiture ».
Certes, le volume demplois lié à lautomobile est denviron 2,5 millions de postes
mais les dépenses dinvestissement et de fonctionnement du réseau routier sont des plus significatives dans le budget de lEtat, tandis que la fiscalité liée au transport automobile est parmi les plus importants fournisseurs de recette
Parallèlement P. ANSAY évoque les « externalités négatives » qui prennent leur place dans le circuit économique : nuisances urbaines, pollution de lair, de leau, des sols, et bien entendu l « holocauste » auquel la voiture apporte une large contribution.
Cependant, partisans de lexpansion automobile et adversaires de son usage ne se posent pas la bonne question, celle que P. ANSAY préconise :
« La voiture est-elle vraiment utile à linutile ? »
et conclut : « la disparition brutale des voitures pourrait créer des dégâts aussi considérables que son aveugle prolifération . »
Voiture et morphologie sociale.
Notre société, notre environnement, ont été fortement modifiés par lavènement de la voiture. Notre milieu de vie a été configuré pour son usage (aménagement de lespace, créations de zones spécialisées, cités dortoirs
) qui, en retour, génère chez lhomme le besoin de la voiture. Les autoroutes mangent la campagne, les parkings urbains dévorent lespace public, chassant les jeunes ou les mamans des aires de jeux et des parcs.
Plus subtilement encore, la voiture devient parfois le vecteur symbolique dune promotion ou dune disgrâce professionnelle (voiture de société par exemple) et dans tous les cas atteste dun statut social.
Dans cet environnement créé pour lui, le couple conducteur/voiture devient tout-puissant. Mais le carrefour rabat la prétention de ce couple, démystifie lautomobile qui y perd de sa gloire
et privée de vitesse perd tous ses pouvoirs imaginaires. Cest le lieu où le conducteur doit gérer, en adulte, les risques quil estime devoir assumer lui-même à loccasion dune priorité conquise ou cédée, refusée ou acceptée.
Voiture et politique.
La généralisation de la voiture, laugmentation du parc automobile, constituent un conglomérat «demandeur dordre» de surveillance et de contrôle. Il faut que lEtat puisse jouer lassureur contre les gros risques
.exercer ses pouvoirs de police et faire régner lordre public.
Lusage de la voiture transversalise les appartenances politiques : de lextrême-droite à lextrême-gauche, tous saccordent pour en user sans problème.
Est-ce que les volants sont des bulletins de vote ?
Est-ce que les automobilistes constituent le plus fort des partis politiques ?
Le politique a cédé dun bloc devant la puissance démocratique de lexpansionnisme économique.
Il semble alors que la seule avancée pour « le » politique est de faire de « la » politique inspirée par les idées générales, en régulant lusage de lautomobile, et en faisant la preuve que cette régulation peut améliorer lharmonie entre les divers rôles que nous devons jouer dans notre vie économique, sociale, culturelle mais surtout pas politique.